samedi 7 juin 2008

7 - CHAPITRE V : BIENVENUE A POPPYNELLE

La fée naissance se déplaçait toujours en dansant sur son ballon Yiyan. Elle adorait parcourir la planète Coloris pour annoncer la bonne nouvelle : un bébé allait naître ! Une nouvelle vie ! Une nouvelle joie ! Waouh !
Elle avait le costume de l’emploi, à vrai dire. Un bonnet tout argenté, scintillant de paillettes de même couleur, la protégeait des courants d’air. Deux bonnes paires d’ailes or et argent lui permettaient de parcourir de longues distances en peu de temps. Un grand cœur or et argent aussi lui donnait vie et générosité. Cette fée naissance était vraiment splendide dans son apparat de brillance. Tout le monde l’appelait la fée naissance, mais son véritable nom était Luisante.
Poppynelle, la fille de Poppy Red et Poppyline venait de naître. Toute la famille dansait la polka. Poppy Red en avait perdu l’équilibre !

Et, à voir comment Poppyline bondissait de tous les côtés, l’accouchement ne l’avait guère fatiguée ! Et Poppynou suivait la cadence ! Tout le monde se promenait sur son trente et un. Végétal avait revêtu son plastron à boutons d’or ! On avait lissé les coiffures et jeté des milliers de paillettes d’or et d’argent sur les vêtements et les pétales !

Partout, on se réjouissait ! Car les Poppy, devenus tous magiques depuis peu, développaient à grands pas leurs pouvoirs surnaturels, et peu à peu changeaient de formes et de couleurs. Tout ceci avait un sens pour les Sages de Coloris. Et un Poppy supplémentaire pour combattre la bande à Main Noire ne serait sûrement pas de trop !
Voilà pourquoi ces réjouissances prenaient elles aussi, un tour magique !
La joie se répandait dans les bois et les forêts. Les fleurs tournoyaient leurs pétales, les arbres secouaient leurs branches jusqu’à l’épuisement ! Bienvenu à Poppynelle la belle !

Rugitou, paré d’une crinière neuve, émit son rugissement légendaire qui ameuta collines et montagnes ! Les amis, fort nombreux des Poppy, accouraient de toutes parts pour fêter Poppynelle.

Devant l’engorgement du carrefour des Pinzenfet, Doucette l’escargot demanda à son ami ver de terre Ariko, de grimper sur Parasol, le champignon multicolore, et de régler la circulation.
Tigefolle ne tenait plus en place et renversait tout sur son passage. Tomatine, en rupture de stock de gâteau-clown, courait partout en quête de farine.
Parlotine, la limace intello des Pinzenfet, répétait déjà son discours tandis que Coky la Coccinellelissait les pétales des fleurs en folie.
Quelle journée, de quoi perdre la tête ! Mais quelle merveille aussi de se retrouver tous réunis dans cette ambiance conviviale si caractéristique de Coloris ! Entraide, partage et amitié étaient les maîtres mots de cette planète. Voilà sans doute pourquoi, malgré Main Noire, Satinus et bien d’autres, Coloris gardait vie et force !
Cependant, derrière l’allégresse réelle des habitants de Coloris , perçait le « danger Main Noire ». Un danger réel. Un danger déjà présent.
Car tandis que Tomatine empilait glaces et gâteaux jusqu’à chatouiller le museau des nuages, les démons tueurs à gage atteignaient la forêt des Pinzenfet. Ces trois pestes tuaient depuis si longtemps qu’ils se croyaient devenus immortels. Pustul la trompe, Mucus l’oeil, et Kist le mutant, observaient en silence, planqués derrière un bosquet, les Coloris s’activer.
Les ordres de Main Noire étaient très clairs : exterminer la famille Poppy dont la Poppynelle et détruire le maximum de Coloris dans la foulée ! Le vacarme des réjouissances couvrirait leurs méfaits. Ils auraient ensuite tout le temps de fuir en prenant leurs vilaines jambes à leur vilain cou !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Les trois démons se dirigèrent vers la chambre de Poppynelle.
- Achchch, achchchch, marmonna Mucus, quel pied de dégommer ce mouflet fleur, là !
- Hou, hou, hou, rigola Kist, de son rire grotesque, t’as raison.

Fort heureusement, Bleutis, l’ange de Poppyline, suivait à distance les trois bestioles. Dans ces mondes surnaturels, changer de forme était aussi facile que de se laver les mains sur Terre, mais oui ! Alors, transformé en oiseau aux ailes immenses, Bleutis pistait les terreurs. Par télépathie, elle tentait de joindre Végétal et Tigefolle, en vain. Où étaient-ils donc passés ? Elle se prépara à détacher ses plumes pour les transformer en flèches mortelles. Puis, elle invoqua Naturella, Grande Prêtresse de la Nature.
- Ô Naturella, entends mon appel ! Que les brins d’herbe se transforment en trompettes et sonnent l’appel aux armes ! Que les cœurs des Tournesols deviennent tambours et battent le rappel !
Nous sommes en grand danger ! Ô, Naturella, entends ma prière !
Un vrombissement spectaculaire emplit l’atmosphère. Des nuées de brises fraîches enveloppèrent Bleutis.
- Me voilà, Bleutis, j’entends ton appel. Qu’il en soit ainsi.
- Merci, merci, Ô Naturella.
Dans l’instant, les tournesols devenus tambours et tambourins, crièrent à tue-tête :
- A l’aide ! Au secours ! Les Poppy en danger, les Poppy ! A l’aide !
Naturella songea qu’une fois encore, la guerre pointait son sale museau à l’horizon. Elle se pencha et regarda avec affection ses bébés fleurs. « Ah, se dit-elle encore, quand donc chacun ne verra-t-il que beauté et amour dans tout ce qui existe ? Il y a pourtant place pour tous, quelle tristesse » !

Entre-temps, Mucus, aussi long et visqueux qu’un ver malade, se glissa dans l’entrebâillement de la fenêtre et pencha son horrible tête vers le berceau de Poppynelle. Elle ressemblait à une main gluante et difforme, cette tête, tandis qu’elle s’approchait dangereusement du bébé coquelicot pour le saisir et le broyer.
Pustul protégeait l’attaque et se tenait devant le berceau. Bleutis plongea vers lui, et lâcha des plumes tranchantes. Pustul rétorqua aussitôt en balançant vers l’oiseau-ange des jets de boutons venimeux.

C’est alors que Doucette l’Escargot intervint. Elle tendit ses antennes vers Pustul, et cracha un filet de bave dure qui emprisonna la bestiole dans des mailles indestructibles. Bleutis enveloppa Poppynelle dans ses larges ailes et s’envola. Mucus, attaqué par les habitants alertés de Coloris, demeura coincé dans l’embrasure de la fenêtre et finit aplati sous les coups des Coloris, furieux.
Doucette, triomphante, reprenait son souffle. Jamais de toute sa vie d’escargot, elle n’avait couru aussi vite. Elle était prête pour les Jeux Olympiques !
Poppy Red, affolé, arrivait ventre à terre. Kist combattait toujours, ses pinces de crabe mutant ouvertes, il projetait d’épouvantables pinces qui, une fois agrippée à la victime, la coupait en deux d’un seul coup !

C’est alors que se produisit la chose la plus extraordinaire que les Coloris aient jamais vue ! Poppy Red, qui courait comme un fou, se sentit tout à coup élevé, soulevé du sol par une énergie invisible. Une chaleur torride se déversa en lui. Végétal et Poppy Red se fondaient l’un dans l’autre ! Ah, mon Dieu ! Ils devenaient Un pour combattre Kist, pour lutter contre le Mal ! Un être étrange apparut soudain sous les yeux ébahis des habitants, pétrifiés. Une sorte de mélange curieux de Poppy Red et de Végétal ! La fleur de courgette avait tourné violette, et maintenant, deux paires d’ailes soutenaient l’être au-dessus du sol, des ailes d’un beau turquoise et jaune, constellées d’or et d’argent. Il avait une jambe carotte, et une autre carotte et jaune, le visage ressemblait à celui de Poppy Red, mais on percevait les nervures du poivron qui formait d’habitude le visage de Végétal ! Mais surtout, surtout, depuis des bras fins comme des lianes, des jets continus de paillettes d’or et d’argent, rouges et vertes, construisaient un mur énergétique, un bouclier infranchissable entre Poppy-Végétal et Kist ! Et ce bouclier s’étendait et s’étendait et enfermait peu à peu les méchants, et protégeaient les Coloris, les Poppy et tous les êtres de la Nature qui vivaient, paisibles, sur la planète.
Alors, Kist invoqua Baleyetou, le grand vent de colère. Baleyetou apparut, rouge et violent, avec de vilaines oreilles verdâtres plantées de travers sur son corps bâti d’air et de vents. Il souffla sa haine sur le mur de paillettes, encore et encore, mais rien. Le mur résista. Et plus Baleyetou soufflait pour détruire le mur d’énergie, plus le mur se renforçait. Tous furent murés vifs. Le crabe mutant et Baleyetou, et aussi Mucus et Pustul, trimballés par les Coloris jusque dans leur prison énergétique. Mucus ressemblait à présent à une crêpe, et Pustul, toujours encagé dans le filet de Doucette, enrageait. Les méchants étaient drôlement punis !
Poppyline serrait Poppynelle dans ses bras et pleurait dans les bras de Bleutis. Tigefolle qui avait protégé Poppynou durant toute la bataille, sautait de colère partout dans la maison ! Des démons tueurs à gage, chez eux, chez les Poppy, Main Noire ne perdait rien pour attendre !
Tous les êtres de Coloris refusèrent de céder au Mal, et de perdre leur joie de vivre. Bien au contraire, plus forts et solidaires que jamais, ils décidèrent de fêter la naissance de Poppynelle comme si rien ne s’était produit ! Et toc !
La voilà la vraie victoire devant l’adversité et la méchanceté : continuer d’être soi-même jusqu’au bout, et demeurer debout dans la tempête ! Tel était le choix courageux des Coloris.
Alors, Bienvenue à Poppynelle ! Et chantons et dansons !