samedi 7 juin 2008

10 - CHAPITRE II - TINY SCOT et la SORCIÈRE CROTALIA

TINY SCOT, la petite limace magique, chantonnait joyeusement un air de sa composition, astiquant et époussetant de ses petites pattes musclées, ses meubles aussi jaunes qu’un soleil d’été.
Qu’elle était jolie dans son petit kilt rouge ! Elle avait natté ses beaux cheveux cuivrés et ses tâches de rousseur ressemblaient plus que jamais à des dizaines de bisous d’anges et de fées, déposés là à sa naissance. Toujours tonique, Tiny-Scot avait débuté la journée par une séance de gymnastique et de trempolino. Elle se tenait en forme, car à tout moment, elle pouvait partir en mission !
La petite limace écossaise habitait une pomme de pin géante, creuse à l’intérieur et toute mordorée. Elle était abritée dans le tronc d’un arbre magique lui aussi, un «Maître-Pin».
Un «Maître-Pin» est un pin, un conifère très vieux et très sage, qui connaît tout de la vie de la forêt et même des pensées humaines. Ses branches forment des bras agiles et ses feuilles des yeux et des oreilles efficaces.
Dans son nid douillet, propre et bien rangé, Tiny-Scot confectionnait de bons gâteaux moelleux puis se plongeait avec délice dans une petite baignoire rose, que ses amies fourmis l’avait aidée à installer. Il suffisait qu’elle croise deux fois ses antennes pour que des centaines de bulles bienfaisantes viennent la masser comme dans un vrai jacuzzi !
Tu comprends, petite lectrice, petit lecteur, Tiny-Scot se battait avec joie pour défendre les enfants, les mamies et les petits animaux, mais elle appréciait aussi son confort !
Elle aimait beaucoup organiser des soirées entre amis. Et elle en avait beaucoup, des amis, Tiny Scot, et de toutes les races ! Aussi, pouvait-on rencontrer chez elle, des fourmis, des coccinelles, des abeilles, de petits oiseaux, des lutins, des elfes, des fées, des bonbons volants, des sucettes gymnastes et même des barres au chocolat journalistes ! Il fallait la voir, Tiny-Scot, préparer thé et sandwichs au cheddar, puis terminer la soirée par une danse écossaise de sa façon, où ses pieds ne touchaient pas terre ! Et elle entraînait toujours ses amis, dans cette danse folklorique ! Ah la la la la la, quelle ambiance !
Malheureusement, elle avait aussi des ennemis, jaloux et envieux de ses pouvoirs magiques. Le pire de tous, était la sorcière Crotalia.
Mais, en cet instant, Tiny-Scot nettoyait sa maisonnette en chantant. Elle sautillait d’une écaille de pin à l’autre, car elles formaient un escalier qui s’ouvrait au sud, sur une terrasse miniature, elle aussi réalisée avec ses amies fourmis. Un scarabée, -un peu amoureux d’elle, il est vrai- avait même accepté de trimballer pour ses beaux yeux vert émeraude, tous les matériaux nécessaires sur son dos.
Ah oui, alors, on aimait beaucoup Tiny-Scot ! Et au village « Tiny-Dom », on la pressait même de se faire élire Chef-Limace, mais pour l’instant, elle s’y refusait. Trop de missions l’attendaient encore.
Alors que Tiny-Scot - qui enfin avait posé son balai - trottinait vers la cuisine pour se préparer une petite génoise au chocolat, son ange Limiélis se matérialisa. Ses petites ailes jaunes, bordées d’or et de bleu, frémissaient d’impatience.
- Oh ! Limiélis, tu as l’air tout affolé, s’inquiéta Tiny-Scot de sa petite voix fluette. Une nouvelle mission ?
- Tu es en danger, Tiny-Scot, il faut te préparer à combattre.
- Ah, je sais, avoua la petite limace magique, encore cette méchante Crotalia.
- Oui. Et ses deux fils, Pustulus et Mitheu participent cette fois-ci à la machination. Heureusement, notre amie-fée Limiette est déjà en route. Elle traversait le dixième nuage quand je l’ai eue sur la ligne directe «Divinpapoti».
- Bien. Qu’ordonne le Décret Divin ? s’enquit Tiny-Scot dont le corps argenté se gonflait déjà d’énergie et de force.
- Crotalia doit être maîtrisée afin qu’elle ne nuise plus jamais à qui que ce soit.
- Pas la tuer, tout de même, s’effraya Tiny-Scot.
- Bien sûr que non. Tuer, c’est très mal. Mais, nous devons l’enfermer dans son vilain château, avec ses deux méchants fils, et qu’ils y demeurent pour le restant de l’éternité. Prépare-toi à utiliser tes pouvoirs, Tiny-Scot et partons !

Pendant ce temps, à des kilomètres de là, Crotalia fignolait son cruel complot.
Elle vivait sous terre, dans les catacombes d’un château en ruines, très laid et tout biscornu, sombre comme les jours sans lumière. Ce pauvre château, abandonné à son triste sort, était enseveli sous la poussière et la saleté. Devenu allergique, quasiment asthmatique, le château secouait ses ruines sans répit à force d’éternuer. Et le sol, comme en réponse, tremblait et frémissait aussi. Quel déplaisir !
Crotalia haïssait fleurs et soleil ! Elle préférait l’obscurité et le Mal, adorait les rats très sales, les araignées venimeuses et surtout, surtout… les serpents.
Oui. Car Crotalia était constituée de serpents. Sa tête était celle d’un serpent à peine humanoïde et de sa langue fourchue pendaient encore des serpenteaux.
Ses bras, ses jambes, ses oreilles ? Des serpents vivants, et un autre, enroulé à sa taille, la nourrissait de son venin.
Au creux des coudes et des genoux, mais aussi sur son vilain museau, se découvraient des yeux aux pupilles fixes et verticales, qui ne cillaient jamais car ils étaient sans paupières.
La cruauté de Crotalia la rendait très laide. Et sa peau, dure et rêche comme le crin, dessinait même des écailles par endroit. De plus, elle ne se lavait jamais, ni ne se brossait jamais les dents. Des dents pointues et espacées, toutes noires, une horreur !
Des longs insectes longs, bourrés de pattes, entraînés par les fameux commandos «Malus et Destructus» s’engageaient régulièrement à son service. Ils portaient le nom compliqué de «Scolopendrus». A chaque patte était scellée une arme. Pistolet, marteau, flèche, couteau, ou même une pierre. Bref, tout ce qui blessait ! De vrais démons !
Crotalia, le teint verdâtre, harangua ses troupes, d’une voix métallique et désagréable.
- Amis de l’Ombre, nous voici enfin tous réunis dans mon antre afin d’unir nos forces pour détruire cette pitoyable limace et lui voler tous ses pouvoirs magiques. Nous utiliserons alors ces pouvoirs pour le plus grand bien du Mal. Et l’Humanité sera notre esclave!
Les monstres rirent à gorge déployée. Quelle bonne blague !
Leurs ricanements sordides emplirent l’oubliette crasseuse dans laquelle ils s’agglutinaient.
Pustulus, l'un des fils de Crotalia, ajouta :
- Et nous combattrons aussi Limiette et Limiélis.
- Comment ? demanda l’un des scolopendres, soudain inquiet, de s'attaquer aux anges gardiens et aux fées.
- Par la magie sombre, cracha Crotalia, tandis que ses serpents-oreilles s’enroulaient et se déroulaient dans les airs. Ils mourront tous, foi de Crotalia !

Pendant ce temps, Tiny-Scot parvenait devant les ruines du château éternueur, accompagnée de Limielis. Il préparait ses ailes au combat et les lissait avec application. Pour sa part, la fée Limiette planait déjà, invisible, au-dessus de l’assemblée des malfaisants et écoutait leurs propos malsains.
Limiette était tout l’inverse de Crotalia. Elle souriait toujours, auréolée de longs cheveux bouclés, couleur d’ambre. Ses yeux turquoises lisaient le passé comme le futur. Elle était Esprit Lumière, et flottait, volait, dansait dans les airs. Sa robe, magnifique, dessinait des cascades ruisselantes de flots multicolores en mouvement constant. Au centre de sa poitrine, un brasier ardent, jaune et rouge et bleu, brûlait éternellement. Un feu d’amour aimant qui la réchauffait et lui offrait ses pouvoirs surnaturels. Elle avait toujours avec elle, une baguette magique qui changeait de forme à volonté et s’avérait redoutable. Peu à peu, Limiette densifia son corps lumière et aveugla de sa scintillance les mécréants.
Crotalia hurla de rage en apercevant la fée.
Les scolopendres, lâches comme souvent les méchants, prirent peur et voulurent fuir. Mais les portes se refermèrent sur eux.
Pustulus et Mitheu dégainèrent leurs épées et provoquèrent Limiette, décidés à résister.
C’est alors que la baguette magique de Limiette, rouge d’indignation, se hérissa. A son extrémité, des cornes de rennes magiques surgirent. Les cornes s’animèrent et se muèrent en arcs lançant des centaines de flèches sur les méchants. Elles frappaient les êtres noirs et les maintenaient à terre, comme autant de chiens de garde bien dressés, attendant les ordres de Limiette.
Crotalia invoqua les forces du Mal, levant ses bras reptiliens vers la voûte glacée du château. Des flammèches noires et grisâtres traversèrent les murs et se présentèrent devant elle.
Soldats maudits. Soldats de mort.
Des rats accoururent et des araignées géantes dont les pattes se composaient de pinces coupantes.
- Attaquez ! Attaquez ! vociférait Crotalia.
Tout à coup, Limiélis fit irruption dans la cohue. De ses ailes transformées en massues, il assommait les malveillants sans répit, mettant en fuite rats et araignées.
D’un souffle d’or, l’ange réduit les soldats du Mal en poussière. Le château, plus sale que jamais, éternua de plus en plus fort, éparpillant les restes des soldats du Mal, ensevelisant rats et araignées.
Le château était si en colère maintenant, que ses éternuements ressemblaient à des tremblements de terre. Il en perdit une tour et une porte s’écroula au sol. Néanmoins, Crotalia parvint à s’enfuir en traversant les murs, fantôme de malheur.
Elle courait vite et récitait de vilaines prières pour que Limiélis et Limiette succombent aux attaques du reste de ses troupes. Ses cheveux serpents tout emmêlés, elle pénétra en nage dans son laboratoire à peine éclairé par des chandelles noires et poisseuses.
Elle savait que seule la potion magique «pourritus dégoutilus» viendrait à bout des envahisseurs. Peut-être. Elle manipula poudres et encens, alambics et cornues avec dextérité et s’apprêtait à déclamer la terrible malédiction quand Tiny-Scot la stoppa net.
- Tu dois être punie, Crotalia.
- Ha ! Ha ! Ha ! croassa la sorcière, te voilà, toi, misérable naine ! Pauvre baveuse !
- Je répands autour de moi du Bavinor, fait d’amour et de joie. Toi tu ne transpires que pourriture et vilenie.
- Ha ! Ha ! Ha ! Amour ? Joie ? Ha ! Ha ! Ha ! Qu’est-ce que c’est ? se moqua Crotalia en remuant ses poudres.
- Jette cette mixture malsaine et demande pardon !
- Ha ! Ha ! Ha ! Tu crois que tu me fais peur ? «Par le foie des rats et le dard des scorpions…», commença-t-elle à scander.
Alors, Tiny-Scot se mit à grossir, à grossir, à grossir et se transforma en Dragon. Un dragon aussi grand qu’un dinosaure. Ses pattes plus rouges que le feu cognaient avec fureur sur la dalle froide. Boum, boum, boum. Boum, boum, boum.
Son corps immense pulsait et des arcs en ciel vivants l’animaient sans répit. Sa queue rouge et gigantesque, où un œil était incrusté à son extrémité, visa les récipients et saccagea le breuvage ensorcelé.
Crotélia appela à l’aide, invoqua les forces maléfiques. En vain. Le dragon projeta sur son visage répugnant des milliers de perles d’or et d’argent qui la rendirent muette dans l’instant.
- SILENCE, gronda le dragon, juste pour la forme. TU DEMEURERAS CLOSE DANS CES RUINES JUSQU’A CE QUE TU ACCEPTES DE FAIRE AMENDE HONORABLE. JUSQU’A CE QUE LE MAL SOIT TRANSMUTÉ EN TOI, CE QUI PEUT PRENDRE QUELQUES ETERNITÉS. UN RAYON «DRAGONIS-FERMUS» CLOTURERA LES LIEUX.
«Mes fils et mes amis me délivreront», songea la sorcière, toute dépitée.
- Ils ne viendront pas, martela le dragon, qui lisait dans ses pensées. N’espère rien. Pustulus et Mitheu ont été capturés et Limiélis, en ce moment même, les amène ici. «Scolopendrus», ta méchante armée de démons a déposé les armes.
- Hummm, hummm, feuuuffmmm, grogna la sorcière.
- Je sais, tu préfèrerais tomber en poussière plutôt que de t’améliorer.
TU AS CEPENDANT MILLE ANS DEVANT TOI POUR REFLECHIR A TES ACTES. MILLE ANS POUR TE RACHETER. SINON, AU BOUT DE CE TEMPS, TON POISON INTERIEUR TE DEVORERA.
TA HAINE ET TA FUREUR TE CONSUMERONT.
ET LES SERPENTS QUI T’HABITENT TE MANGERONT TOUTE ENTIERE. De même pour tes fils. Limiélis les a déjà prévenus.
Limiette et Limiélis poussèrent la lourde porte. Les vilains, particulièrement penauds, entrèrent, tête basse, épaules voûtées.
- Quant à vous, bande de bestioles sans cervelle, écoutez-bien, gronda le dragon en s’adressant aux scolopendres, épouvantés.
Il se dressa sur ses énormes pattes arrières, qui cognaient toujours sur le sol.
Boum, boum, boum.
Ses yeux d’émeraude mitraillaient des feux miniatures sur la pitoyable assemblée.
- D’ICI PEU, NOS ANGES LUMIERES VIENDRONT VOUS CHERCHER. VOUS DESCENDREZ DANS LES ENFERS Y REPECHER LES AMES RÉCUPERABLES ET SAUVER CELLES QUI ONT ETE ENLEVÉES PAR LES DEMONS. VOUS DEVREZ TRAVAILLER POUR NOUS, POUR LE BIEN, DURANT DIX MILLE ANS. Et ainsi racheter votre méchanceté.
- Ah, non, non, pitié, pas les feux de l’Enfer, se lamentèrent les bestioles.
- Silence ! intima le dragon en tapant le sol de son immense queue rouge.
Le sol trembla si fort que quelques nouveaux morceaux du château en ruines dégringolèrent dans un énorme fracas.
Les yeux du dragon magique s’allumèrent et lancèrent des nuées de moustiques piqueurs, prêts à l’attaque. L’arc-en-ciel vivant qui animait son corps s’intensifia plus encore. Puis, il ouvrit sa gueule et cracha sur les scolopendres des milliers de petits brasiers rouges et oranges.
- Ces feux qui vous pénètrent maintenant, tonna le dragon magique, vous interdisent à tout jamais de traiter avec l’Enfer. VOUS DEVREZ SAUVER LES AMES, QUE VOUS LE VOULIEZ OU NON, TEL EST VOTRE CHATIMENT. Ne vous fiez pas à la petite taille des brasiers, ils vous brûleront immédiatement si vous tentez un nouveau pacte avec l’Ombre.
Les scolopendres se tordaient de douleur, gémissant et suppliant.
- Silence, ordonna encore le dragon. Voilà où mène le choix du Mal. A présent, vous récoltez ce que vous avez semé. Retenez bien la leçon : LE MAL EST TOUJOURS ANEANTI. TOT OU TARD, LES MÉCHANTS FINISSENT EN PRISON, OU SONT TUÉS PAR DE PLUS MECHANTS QU’EUX QUI PERIRONT AUSSI. TEL EST LE DECRET DIVIN.
Le dragon respira profondément, puis, récita d’une voix de stentor, l’incantation qui enfermerait pour mille ans Crotalia et ses fils. Tandis que l’armée Scolenpendrus, recroquevillée dans un coin, tremblait de peur.
- DRAGONUS AMENUS, déclama le dragon, FERMUS MALUS ETERNUS. CROTALIA, PUSTULUS, MITHEU, FERMUS ETERNUS. MILUS ANNUS. SEULUS DRAGONIS DEFAIRIS INCANTATIONIS.
DECRETUS DIVINUS BENITUS, AMEN.
Un brouillard entoura le château, le cachant aux yeux des voyageurs. Un feu invisible brûlerait mille ans autour des remparts en ruines et empêcherait quiconque d’y entrer ou d’en sortir.
Des flots de Bavinor se répandirent autour du feu, créant une deuxième barrière de protection. Acide, infranchissable.
Ainsi, le monde serait bien protégé des turpitudes de Crotalia.
Seuls, perdus dans un monde opaque, la terrible sorcière et ses fils auraient désormais à apprendre que seul le Bien vaut la peine d’être vécu. Car Il est Joie et Paix. Car il est Décret Divin.