samedi 7 juin 2008

3 - CHAPITRE I : POPPY RED ET LA PLANETE COLORIS

Poppy Red était un petit coquelicot multicolore très gentil, qui aimait beaucoup s’amuser et gambader avec sa famille et ses amis dans les prairies et les forêts.
Poppy Red avait des cheveux rouges en forme de pétales, des bras et des jambes jaunes et or ! Ses doigts formaient des pétales et ses pieds aussi. Comme il était beau, Poppy Red !
Il menait une vie joyeuse et insouciante avec sa femme Poppyline et son fils Poppynou. Il se promenait ce jour-là parmi les bosquets, humant les senteurs agréables des arbres et de l’herbe mouillée. Il regardait les oiseaux voler dans le ciel et riait aux éclats devant les cabrioles des papillons et des fourmis. Ah, que la vie semblait douce et belle !
Poppy Red ignorait que, plus jamais, il n’aurait l’occasion de gambader, les pétales au vent, sans se soucier de rien, car le temps était venu. Le vent se leva tel un appel. Un vent puissant, renversant. Poppy Red, surpris par une bourrasque, faillit perdre l’équilibre. Il s’accrocha de justesse à un rocher qui lui sourit avec bienveillance. Ouf. Il recoiffa ses pétales, ajusta ses bras feuilles. « En voilà une tempête », se dit-il, soudain inquiet.
Dans le ciel, une petite graine magique sautillait de nuage en nuage, la mine béate. Tout à coup, elle se trouva, elle aussi, déséquilibrée par une rafale et fut emportée vers la Terre. Elle atterrit brusquement sur Poppy Red. Pouf !
- Aïe, aïe, aïe, grimaça Poppy Red en se frottant la tête, ça ne va pas, non ? J’ai un pétale en compote, maintenant ! Mais qui es-tu ?
- Je suis Granouillette, la petite graine enchantée, et toi, qui es-tu ?
- Je suis Poppy Red, le petit coquelicot.
- Tu portes un nom anglais !
- Oui, maman voulait que je m’appelle Poppy Red, elle trouvait ce prénom joyeux. Il signifie « coquelicot rouge » en anglais.

- Vraiment joli, confirma Granouillette, le sourire épanoui. Saches, à présent, chuchota la petite graine comme si elle avouait un grand secret à Poppy Red, que tu es devenu magique. Car à chaque fois que je touche une fleur, elle absorbe mes pouvoirs surnaturels !
- Ah la la la ! s’écria Poppy Red, stupéfait, je suis magique…
- Oui, lui confirma Granouillette, tu es à présent Poppy Red, le petit coquelicot magique !
- Waouh !
- Mais cela aura des conséquences inattendues sur ta vie.
- Ah bon ? Pas grave, rassura Poppy Red, j’aime bien le changement !
- Tant mieux, répondit Granouillette, car désormais, tu devras vivre sur la planète Coloris. Cette planète favorisera le développement de tes pouvoirs magiques et surtout, beaucoup d’amis là-haut t’aideront à progresser plus encore.
- Et ma famille, fit soudain Poppy Red, paniqué. Je refuse de partir sans elle !
- Il n’en est pas question. Naturellement, ta famille t’accompagne ! Simplement, la Vie t’a fait un don extraordinaire en me faisant tomber sur toi, en retour, tu lui devras quelques missions sur la planète Terre, afin de combattre les méchants et défendre les gentils et les petits.
- J’en serai ravi, affirma Poppy Red avec sincérité, sans se douter une seconde de ce qui l’attendait.
- Parfois, les difficultés seront lourdes, dit quand même Granouillette. Tu perdras ton insouciance…
- Il faut bien grandir.
- Soit. Bonne chance, Poppy Red et bon voyage avec ta jolie famille vers Coloris.

Tout heureux, Poppy Red courut informer Poppyline de ce qui venait de se passer. Ils préparèrent avec empressement malles et valises et s’envolèrent presque aussitôt pour le monde merveilleux de Coloris, là où tous les habitants fleurs, animaux et autres possèdent des pouvoirs extraordinaires. Ces habitants, dits « Les Coloris » parlent, volent et se projettent partout dans l’univers en une fraction de seconde ! Ils lisent les pensées des êtres humains et entendent aussi tous leurs appels au secours ! Tous vivent en paix. Chaque être respecte la différence de l’autre, car sur Coloris, tout le monde a le droit d’exprimer sa créativité, sa joie et son amour ! Poppy Red fut donc accueilli avec allégresse et reçut en cadeau de bienvenue une charmante maison qui s’appelait Calinette. Calinette était en réalité une grosse fleur vivante pleine de gaieté. Les pétales chantaient toutes les couleurs :

du rouge, du jaune, du bleu, du vert, de l’orange, du violet ! Un véritable arc-en-ciel ! Comme tout sur Coloris, la maison possédait des dons magiques ! Le visage de Calinette se composait de nougatine dorée ! De la pâte d’amande décorait ses pétales soyeux ! Des bonbons et des sucettes couraient le long des murs ! Les lits où dormirait bientôt toute la famille Poppy Red n’était que barbe à papa et douce guimauve, miam ! Quel délice d’aller au lit !

Poppy Red s’installa dans cet univers jovial où partout la Nature célébrait la Vie. Les Tournesols trémoussaient leur fine tige, offraient leurs pétales soyeux à la chaleur solaire. Les arbres magiques agitaient leurs feuilles rouges et or, et accueillaient même sur leurs branches des bébés Tournesols en vadrouille ! Et leur maman qui devait les chercher partout !

Ce climat de fête convenait bien à Poppy Red. Il aimait beaucoup s’amuser, notamment avec son fils Poppynou. Il était un bon papa, toujours de bonne humeur, qui appréciait ces petites choses de la vie qui font les grands moments.

Poppy Red faisait des cabrioles folles dans l’herbe avec Poppynou. Les fleurs des champs, rieuses et joueuses éclataient de rire devant tant de complicité. Et les Tournesols aux pétales d’or, dansaient et valsaient au gré de la brise douce.
Poppynou avait quatre ans. Il adorait les livres d’histoires plein de dessins en couleurs. Il s’entraînait déjà à lire, à reconnaître les lettres et récitait déjà tout son alphabet sans la moindre erreur !
Poppynou était très content de son déménagement sur Coloris,. Il allait se faire de nouveaux amis, et surtout plein de petits copains animaux qui parlaient tout à la fois le langage de Coloris, et celui des humains ! Poppynou, habitué à parler humain, découvrait avec joie la langue de Coloris ! Cela ressemblait à une musique, un chant magique de notes et de sons extraordinaires ! Vraiment, sa nouvelle vie s’annonçait géniale !
Poppynou adorait déjà Rugitou, le lion multicolore, dont la crinière magique régénérait les papillons fatigués de voler. Doucette l’escargot les aidait aussi. Elle transportait les papillons mamans et leurs bébés quand le chemin à
parcourir s’annonçait trop long ou que la nuit s’apprêtait à tomber !

Dame Coccinelle, que tout le monde appelait Coky, aimait danser
parmi ces fleurs rouges au nom si difficile, voyons… hum, « hi-bis-cus » ! Ouf, quel effort ! A chaque pas de danse, Coky créait un petit cœur de couleur. Elle en semait tant que les champs se nappaient de leur présence. Mais Coky continuait de danser et de danser encore ! Alors, les cœurs, empilés par milliers, s’élevaient jusque vers le ciel où ils tournoyaient à leur tour avec les soleils ! Mais oui, car sur Coloris, plusieurs soleils brillaient en même temps ! Waouh, quelle merveille !
Seuls les oiseaux migrateurs traversaient les cieux, le bec concentré sur leur route, car s’ils venaient à se tromper, ils finiraient congelés au fin fond de l’Alaska, brrrrr !

Poppynou aimait beaucoup ses parents, il leur racontait tout ce qu’il faisait avec ses nouveaux amis, et il prenait aussi bien soin de sa maman Poppyline, qui attendait sa petite sœur pour bientôt. Elle s’appellerait Poppynelle et cela lui plaisait beaucoup.
Poppyline était une bonne maman, douce et tendre, qui aimait beaucoup sa famille et aussi le chocolat ! Elle passait ses soirées à lire des contes à Poppynou et même Poppy Red se prenait au jeu des légendes, des histoires de sorcières et de monstres. Il laissait son imagination vagabonder au gré des rebondissements incessants des récits.

Tout le monde vivait heureux dans le monde de Coloris, mais Poppy Red sentait que ce bonheur serait de courte durée. Une menace se précisait. Il n’aurait su dire laquelle, mais quelque chose d’angoissant approchait. Poppy Red se préparait, lissait ses pistils, entraînait ses pétales magiques au combat, et surtout, demeurait à l’écoute de son cœur. Son intuition, qui ne le trompait jamais, le préviendrait à temps du danger.
Un soir, Poppy Red s’installa dans un coin de sa chambre, et avec Poppyline et Poppynou, décida de demander aide et conseils à leurs anges gardiens. Poppy Red alluma un grand feu dans la cheminée, et, au gré des crépitements joyeux et profonds des flammes, il commença l’invocation :
- Ô ange de la Nature, Ô toi, Végétal, entends mon appel. Je sens un danger autour nous. Je te demande aide et protection.
Une chaleur se répandit dans la pièce, animée d’un grand sentiment de joie. Végétal se matérialisait, toujours espiègle.
- Bonsoir à vous trois. Je suis à tes côtés Poppy Red, et naturellement au côté de Poppyline et Poppynou. Je vous aiderai de mon mieux. Mais, sache Poppy Red, qu’ici comme sur Terre, tu dois agir d’abord. Je ne peux intervenir que si tu fais tout pour te défendre par toi-même d’abord, insista Végétal. Tu connais le vieil adage, « Aide-toi, l’ange t’aidera ».

Végétal habitait une très belle corne d’abondance toute pleine de couleurs. Car l’ange de Poppy Red n’était pas un ange comme pour les humains, avec des ailes et des petites fesses rondes. Non, non, non, Végétal était un ange de la Nature, un ange constitué de légumes ! Mais oui ! Aussi, sa maman ange, qui avait un sens pratique bien développé, l’appela « Végétal », et pour cause ! Sa tête représentait un poivron rouge coiffé d’une fleur de courgette qui ressemblait drôlement à une couronne ! Il avait des carottes pour jambes et des petits pois pour pieds ! Et cela ne l’empêchait pas de danser d’un pas léger ! Bien au contraire, les petits pois soudain secoués sonnaient et couinaient, marquant la cadence ! De vrais tambourins ! Le haut du corps était une belle courgette bien verte, et ses bras… Ah, que dire de ses bras ! Des épis de maïs dont les grains jaunes se répandaient à profusion sur le sol et fécondaient plein de petits anges de la Nature, que l’on surnommait « Dévas ». Végétal volait à grande vitesse, toutes ailes déployées ! Des ailes d’un vert profond étincelant ! Et, à y regarder de plus près, il s’agissait de grandes feuilles de blettes !
Seuls les enfants et les adultes avaient gardé un cœur innocent pouvaient le distinguer, lui et ses compagnons de jeux. Les méchants, eux, ne voyaient rien du tout, sauf quand sonnait l’heure du châtiment et que des multitudes de pépins, de pulpes et autres feuilles aussi dures que la pierre, les frappaient sans répit jusqu’à ce qu’ils ressemblent à une crêpe bretonne fort bien réussie ! Aïe, aïe, aïe ! Les grappes de raisins n’étaient pas en reste ! Elles décrochaient leurs grains et les flanquaient sur le museau des bandits comme autant de boulets de canon ! Bien fait !
Végétal séjournait à l’année dans cet endroit enchanté prénommé PIMP☺NT ! Un monde parallèle à Coloris… , où tout le monde, toujours en pleine forme, chantait et dansait toute la journée. Ah, quelle belle vie ! Quand la chaleur tapait trop fort, les tomates donnaient un peu de leur pulpe pour fabriquer de superbes chapeaux qui gardaient la tête fraîche ! Mmmm, quel plaisir !

Ce fut au tour de Poppyline, très concentrée, d’invoquer son ange. Un ange très particulier, composé de figures géométriques. Sa tête formait un soleil, et ses ailes ressemblaient à de superbes étoiles aussi bleues que le ciel ! Croissantine resplendissait d’un camaïeu de bleus et de violets. Elle n’avait pas de jambes et se balançait sur un croissant de lune, d’où son nom de Croissantine. Elle était née de l’amour de sa maman Luna et de son papa Stellius. Voilà pourquoi, elle se composait de lune et de soleil et d’étoiles aussi, et voilà pourquoi son buste ressemblait à un grand cœur de lumière ! Croissantine parlait peu. Elle se balançait doucement et sa lumière paisible, sa force tranquille pénétrait tout.
- Bonsoir, murmura Croissantine, avec un joli sourire.
Quand elle souriait, tous les rayons de sa tête s’élevaient vers le ciel.
- J’entends ton appel et ressens ta crainte, dit encore l’ange. Ne t’inquiète pas, Poppyline, nous sommes avec toi.
- C’est surtout pour Poppynou, couina Poppyline, morte d’inquiétude, il est encore si fragile !
- Poppynou et future Poppynelle seront protégés. Sois en paix.
Poppyline sentit un poids terrible quitter ses épaules.

Poppynou n’en pouvait plus. Il gigotait d’impatience. Lui aussi, il voulait rencontrer son petit ange ! D’autant que le sien se déplaçait toujours avec son assistante tomatine, qui trimballait à sa suite cerises magiques en pâte d’amande, glaces au chocolat et au myosotis, gâteaux de têtes de clown et sucettes soleils au citron et au miel ! Miam, il était soudain mort de faim !
- Viens vite, viens vite, couina Poppynou en tapant des mains. Viens vite, petit ange à moi, je t’attends !
- Hello, hello, chantonna Tigefolle, en atterrissant avec fracas dans la chambre, flanquée de Tomatine ! Comment va mon bébé coquelicot ?
- Drôlement bien, répondit Poppynou, en se dandinant.
- Tiens, choisis, offrit Tomatine, en montrant ses ballons friandises.
- Mmmm, mmmm, fit Poppynou en attrapant la tête de clown à toute allure.
- Pas tout ça, s’inquiéta Poppyline, tu n’auras plus faim pour le repas. - Ne t’inquiète pas, rétorqua Tigefolle, son bras tulipe en l’air, ces
gâteaux faits de lumière et de joie, répandent santé et joie de vivre dans le corps des trésors comme Poppynou.

- Tu vois, tu vois, ponctua ledit Poppynou, en avalant goulûment son gâteau.
Tigefolle était l’ange le plus inattendu qui soit ! Tout d’abord, elle ne cessait de décoller vers le ciel. Et paf, et paf, et paf ! Puis, elle retombait sur le sol dans un écho de « boum, boum, boum » effroyable ! Tigefolle était née d’une maman Tulipe et d’un papa Trampoline ! Voilà pourquoi elle rebondissait tout le temps !
Tulipia, sa maman donc, résidait chez une fleuriste charmante qui avait offert à sa fille, pour son anniversaire, ce fameux Trampoline. Tulipia était tombée en amour du beau Trampoline orange et bleu au premier regard. Exactement comme au cinéma ! Dès que la petite fille de la fleuriste dormait, Tulipia quittait son vase, et courait sauter et batifoler avec Trampoline. Elle bondissait jusqu’au plafond, en criant de joie. A force, un petit poupon s’était créé… Tigefolle ! Un ange mutant, drôlement sympa en tous les cas ! Elle avait proposé elle-même de s’occuper de Poppynou, et son état d’ange puéricultrice l’emballait beaucoup. Tous les dimanches, elle rejoignait ses parents et sautait sur les genoux de son papa avec Tulipia jusqu’au soir ! Waouh, super ! Tulipia, Trampoline, Tigefolle et Tomatine, formaient une sacrée bande de petits numéros, tous âges confondus : Végétal les surnommait les 4 T ! Eh ben !

La réunion entre les anges et les Poppy commença et se prolongea tard dans la nuit.
A plusieurs reprises, Tigefolle en bondissant faillit renverser Végétal et Poppy Red, et même la table, avec tous ces bons fruits et ces glaces succulentes… Ah la la, sacrée Tigefolle !
Fort heureusement, Croissantine se tenait aussi calme que d’habitude, juste derrière Poppyline. Végétal prit les choses en main, et tous ensemble, ils mirent au point une stratégie de défense contre le Mal.
- Ils ont réussi à infiltrer Coloris depuis longtemps, interrogea encore Poppy Red, la mine sombre.
- Deux ou trois mois de temps terrestre, rétorqua Végétal, en lissant ses feuilles de maïs. Mais nous les tenons à l’œil, pas d’affolement.
- Ce ne sont que des sous-fifres, rassura encore Tigefolle. Pour l’instant, Main Noire demeure en son domaine !
- Encore heureux, constata Poppyline, affolée. Un monstre pareil !
- Comment ça, « pour l’instant », protesta Poppy Red.
- A terme, impossible d’éviter le combat, maugréa Croissantine. Un combat ardu, horrible, effroyable.
- Tenez-vous sur vos gardes, car vous serez les premiers ciblés, dit Végétal, comme pour rajouter à la panique. Gardez bien courage. Nous sommes avec vous, nous vous aiderons au mieux.
- D’abord à nous de faire les choses, répéta Poppynou avec application.
.- Oui, mon Poppynou, l’ange n’agit pas à ta place, intervint Tigefolle. Tu es à la fois sur Coloris et sur Terre pour vivre tes propres expériences. Alors, tu deviendras grand et fort, parce que tu seras capable de créer par toi-même ce qui te rendra heureux.
- Et en gardant courage dans l’adversité, précisa Poppy Red, sa main pétale en l’air.
- Et sans jamais déroger à ton intégrité, conclut Poppyline.
« Sont drôlement compliqués ces grands, pensa Poppynou, en regardant Tigefolle. J’ai rien compris moi, je suis encore tout petit, tu vois, Tigeou ? »
« Ne t’inquiète pas mon Poppynou, lui répondit Tigefolle, en lui parlant dans la tête, par télépathie. Tu comprendras plus tard. Si tu veux, pour résumer, sois gentil, sois heureux, amuse-toi, et tout ira bien ».
La réunion se termina enfin, et chacun s’en retourna dans son monde.