Malus et Colérus étaient frères. Tous deux, très méchants et vindicatifs, appartenaient au clan de Main Noire.
Main Noire et son peuple, les Sombris, vivaient sur la planète du Cône Sombre.
Cette planète représentait l’un des nombreux enfers de la Galaxie. L’un des pires. Elle gobait, avalait, absorbait tous les mauvais, les tueurs, les pervers, les voleurs, les sadiques, tous ceux que juges et polices lui envoyaient. Ces hommes de justice croyaient ainsi débarrasser les Mondes de cette race sanguinaire. Il n’en était rien. En réalité, ces méchants ne mourraient jamais. Ils vivaient dans le ventre du Cône Sombre, libres et repus, et pouvaient même en sortir en mission pour le Mal à tout moment ! Quel scandale !
Malus et Colérus se pourléchaient les babines. Leur emprisonnement à vie sur le Cône Sombre les avait remplis de gaieté. Mais le Juge Condamnetou avait été dupe de leurs mines affolées.
Malus et Colérus allaient s’en donner à cœur joie, eux qui adoraient détruire la beauté, abîmer la nature et tuer les animaux !
Colérus le cadet, toujours hargneux, toujours envieux, toujours capricieux, affichait un corps fracturé de colère, cassé, abîmé. Et plus il était en colère, capricieux et envieux, plus il devenait aigri, vilain et malade. Bien sûr, tout le monde se détournait de lui. Comme il se plaignait tout le temps de tout, plus personne ne voulait être son ami, sauf bien sûr, ceux qui lui ressemblaient ! Il suivait bêtement son frère en tout, sans une once de jugeote. Sans doute son œil unique l’empêchait-il de percevoir la conséquence de ses actes !
Malus, son frère aîné, était un démon laid et cruel qui prenait beaucoup de plaisir à terroriser les enfants, à les jeter par terre, à voler tous leurs bonbons. Il détestait l’amitié, haïssait la gentillesse et la solidarité. Il préférait déchirer en mille morceaux les jolis dessins des bambins, piétiner tous les bons gâteaux que confectionnaient les mamans et les mamies et surtout diviser et séparer les êtres qui s’aimaient. Personne n’avait jamais su d’où sortait ce maudit Malus. Il ressemblait à une sorte de gros poisson furieux, mais il vivait hors de l’eau. Il portait sur sa tête un parasite tout barbouillé que l’on avait surnommé Acidus, car il fournissait à Malus l’acide qui brûlait ses victimes dans d’horribles souffrances. Malus projetait cet acide depuis son œil glauque et le répandait en jets mortels. Il avait une queue qui évoquait un cobra à l’attaque, ou peut-être autre chose ! Tout mutait chez lui, sans cesse. Ses dents rappelaient celles d’un requin, mais un requin ne possède pas deux bras qui s’opposent, l’un vers l’avant, l’autre vers l’arrière, cousus au corps par deux poissons mutants aussi, à crocs de serpents ! Ah la la ! Etrange bazar que ce Malus monté sur de courtes pattes fines qui paraissaient se rompre à chaque pas ! Mais le pire était sa couleur. Un mélange infect de rose et de violet sales et délavés qui donnaient la nausée ! Berrrkkk !
Malus et Colérus jubilaient. Main Noire les avait choisis, eux, pour mener à bien une mission de la plus haute importance : décimer les Poppy et autant de Coloris que possible. Quel pied ! Ils en profiteraient pour saccager cette sale race de tournesols et leurs écœurants pétales jaunes ! Ils préparèrent donc leur départ avec minutie, se gorgèrent de force sombre et d’énergie baveuse, puis propulsèrent leurs corps difformes dans l’espace. Quelques instants plus tard, ils atterrissaient sur Coloris.
A la nuit tombée, les deux terreurs se faufilèrent dans la maisonnée endormie de Poppy Red. Malus avançait plus courbé que jamais et Colérus se disloquait à chaque pas, plus enragé que jamais.
- T’as compris, Col, marmonna Malus de sa voix éraillée, en regardant son frère de travers.
- Ouais, ça va, ronchonna Colérus, j’suis pas idiot.
- Sitôt t’es dans la chambre, sitôt t’aplatis la gazelle et tu rétames le mouflet, radota Malus dans le plus mauvais français que l’on puisse imaginer !
De quoi ! Il osait traiter Poppyline de gazelle à aplatir et Poppynou de mouflet à rétamer ! Ah, le maudit Malus, mauvais, ignorant et sans aucune éducation !
Malus et Colérus montèrent doucement l’escalier. La lune enveloppait de ses reflets d’argent chaque marche, comme pour les guider vers leur destin terrible. Malus pénétra le premier dans la chambre de Poppy Red et s’approcha du lit. Il se pencha en silence vers le joli coquelicot magique. Pour jeter son acide mortel, Malus devait contracter ses cornes noires, respirer profondément puis libérer l’acide. Mais Poppy Red veillait. Il bondit hors du lit, se transforma en arbalète vivante et, ses pétales magiques tendus comme une arbalète, il lâcha des centaines de fléchettes sur Malus. Terrassé, le méchant couinait de douleur !
- Aïe aïe aïe ! Au secours ! Au secours ! Main noire ! Colérus ! A l’aide ! Aïe aïe aïe !!!!
- Voilà, gronda Poppy Red, un juste châtiment pour les méchants de ton espèce !
- Je t’arracherai les pétales un à un, sale fleur mutante, cracha Malus, on se retrouvera…
- Là où tu vas aller, ni Main Noire ni personne ne pourra rien pour toi !
- Main Noire peut tout, vociféra Malus entre deux contorsions. Colérus qui changeait de forme à volonté, se tenait coi. Il ressemblait à une sorte de glaire dégoûtant, tremblant de peur. Mais gueule béante se tenait déjà prête à mordre si nécessaire.
Poppyline arriva ventre à terre dans la chambre, Poppynou dans les bras.
- Où est le frère !
- Poppynou, tu vas bien, mon cœur, demanda Poppy Red.
- Oui, répondit Poppynou, d’une petite voix chancelante.
Soudain, ses petits poings pétales frappant le vide, Poppynou brailla :
- Au secours ! Tigefolle ! Papa et Maman sont en danger ! Tigefolle, à l’aide !
- Tout va bien, rétorqua la voix invisible mais rassurante de Tigefolle. Ne t’inquiète pas. Les méchants sont toujours battus, car le Mal perd toujours.
- Bien fait, piailla Poppynou, en tapant ses petites mains pétales l’une contre l’autre.
- Tu dois être dans la compassion, le reprit Poppyline.
- Il voulu blesser papa, protesta le petit en n’y comprenant plus rien, une fois encore. Marre moi, voilà !
- Poppynou, intervint Poppy Red, maintenant que tu es un grand coquelicot, tu peux appeler tout seul le capitaine Piranha, vas vite, chéri !
- Non, non, s’époumona Malus, pas ce sale traître de poisson ! A l’aide ! Colérus, nom d’un démon, où es-tu ? Lâche ! Minable !
Le capitaine Piranha arriva en trombe, la mine menaçante, les menottes en poche. Deux effroyables piranhas formaient ses mains, toutes dents dehors. Et ses pieds aussi… Piranha semblait toujours prêt à l’attaque et ne perdait jamais…
Courageux, il relevait tous les défis. Surtout depuis qu’il était parti en Virginie, aux Etats-Unis d’Amérique, suivre une formation de profiler au FBI. Il avait ainsi appris à comprendre comment fonctionnait les méchants et donc à mieux les confondre ! Il n’était plus dupe de leurs simagrées ! Le capitaine Bouledogue l’avait entraîné au combat et, à la fin du stage, lui avait offert un costume de police en récompense ! Piranha le portait sur Coloris avec grande fierté. D’ailleurs, dès son retour des Etats-Unis, le capitaine Piranha avait créé sa propre équipe de policiers, compétents et redoutables. Ouf, désormais Coloris combattrait la délinquance avec succès.
- Où se trouvent les lascars, gronda le Capitaine Piranha de sa voix de canon.
- Voici déjà le Malus, dit Poppy Red.
- Ben voyons, encore la clique à Main Noire. Bravo Poppy Red. A peine arrivé, et déjà une sacrée victoire à ton actif, constata Piranha avec admiration.
- Par contre, Colérus reste introuvable, râla Poppyline, déçue.
Comme en réponse, Végétal dégringola dans la pièce, traînant à sa suite un Colérus vociférant.
- Rentre tes quenottes, ou je te les réduits en poudre, prévint Piranha, le regard sévère, le poing déjà à l’attaque. La prison à vie, voilà ce qui vous attend tous les deux, et du boulot à revendre ! Le jour, vous débroussaillerez les forêts, et par tous les temps. Le soir, vous serez absorbés par le ventre de la prison, aucun risque d’évasion, là-bas, sales bestioles !
- La prison a un ventre comme nous ? interrogea Poppynou, abasourdi.
- Oui, mon petit pistil, déclara Piranha, avec satisfaction. Cette prison est vivante, car c’est une chauve-souris vivante, qui a donc l’ouïe fine et ne dort jamais ! Comme les prisonniers vivent en elle, ils ne peuvent en sortir que si elle ouvre sa bouche, tu comprends, mon coquelicotou ! Je t’emmènerai la visiter la prochaine fois, promit Piranha, tu verras ! Tu aimes les fantômes ?
- Oh, oui, s’écria Poppynou, déchaîné.
- Eh bien, les gardes sont des fantômes, des êtres venus d’ailleurs, des sortes de trucs qui volent, tu verras, tu verras, répéta encore Piranha, la mine mystérieuse. Quand tu viendras, je t’expliquerai bien à fond pourquoi nous avons choisi une prison chauve-souris !
- Il n’est pas question d’emmener le petit dans cet antre épouvantable, s’offusqua Poppyline, le nez froncé. Il n’a pas encore cinq ans, enfin !
- Pas d’âge pour former le caractère, décréta Piranha, le ton militaire.
- Veux y aller, moi, dans la chauve-souris, protesta Poppynou, en tapant du pied. Papa a dit que j’étais grand !
- Cela fera l’objet d’une autre histoire, décida Poppy Red. En attendant, au dodo, mon amour !
- En avant, les deux pestes et que ça saute, ordonna Piranha.
Les deux frères, la mine basse, partirent pour la prison.
Une fois couché, Poppynou eut quelques difficultés à trouver le sommeil ! D’abord, il constatait qu’être méchant n’attirait que des ennuis. Et quels ennuis ! Vivre dans une chauve-souris… Sûrement, songea-t-il épouvanté, que les jeux vidéo et les DVD ne devaient pas fonctionner dans ce drôle d’endroit ! Et Tigefolle ! Aurait-elle assez d’espace pour bondir ? Ni lui ni ses parents ne survivraient dans cette bête. En tant que fleurs, ils avaient besoin de lumière et d’eau, même s’ils étaient magiques ! Brrrr ! Décidemment, une maison dans une chauve-souris ne lui convenait pas du tout. Il s’endormit enfin et se rêva en train de survoler la prison, de papoter avec des gardiens fantômes et de traverser la bouche barreaudée de la chauve-souris !
Entre temps, Malus et Colérus, sévèrement gardés par le capitaine Piranha et son équipe, poursuivaient leur sinistre voyage.
Au loin, la prison se profila, sombre et menaçante. Ses immenses yeux rouges les observaient déjà.
- Nous y voilà les matadors ! L’Antre Funeste vous ouvre ses portes!
- L’Antre quoi, bégaya Colérus, terrifié.
- Eh oui, mon joli, voilà le nom de la prison dans laquelle vous allez vivre jusqu’à la fin des temps ! « L’Antre Funeste ».
Malus éclata d’un rire sardonique. Tout à coup, dans son cœur noir comme du goudron, un semblant d’espoir reprenait vie. Il sentait intuitivement que sur le Cône sombre, les représailles contre Coloris se précisaient déjà.
Et qu’ainsi, l’histoire, loin d’être terminée, commençait à peine…
Main Noire et son peuple, les Sombris, vivaient sur la planète du Cône Sombre.
Cette planète représentait l’un des nombreux enfers de la Galaxie. L’un des pires. Elle gobait, avalait, absorbait tous les mauvais, les tueurs, les pervers, les voleurs, les sadiques, tous ceux que juges et polices lui envoyaient. Ces hommes de justice croyaient ainsi débarrasser les Mondes de cette race sanguinaire. Il n’en était rien. En réalité, ces méchants ne mourraient jamais. Ils vivaient dans le ventre du Cône Sombre, libres et repus, et pouvaient même en sortir en mission pour le Mal à tout moment ! Quel scandale !
Malus et Colérus se pourléchaient les babines. Leur emprisonnement à vie sur le Cône Sombre les avait remplis de gaieté. Mais le Juge Condamnetou avait été dupe de leurs mines affolées.
Malus et Colérus allaient s’en donner à cœur joie, eux qui adoraient détruire la beauté, abîmer la nature et tuer les animaux !
Colérus le cadet, toujours hargneux, toujours envieux, toujours capricieux, affichait un corps fracturé de colère, cassé, abîmé. Et plus il était en colère, capricieux et envieux, plus il devenait aigri, vilain et malade. Bien sûr, tout le monde se détournait de lui. Comme il se plaignait tout le temps de tout, plus personne ne voulait être son ami, sauf bien sûr, ceux qui lui ressemblaient ! Il suivait bêtement son frère en tout, sans une once de jugeote. Sans doute son œil unique l’empêchait-il de percevoir la conséquence de ses actes !
Malus, son frère aîné, était un démon laid et cruel qui prenait beaucoup de plaisir à terroriser les enfants, à les jeter par terre, à voler tous leurs bonbons. Il détestait l’amitié, haïssait la gentillesse et la solidarité. Il préférait déchirer en mille morceaux les jolis dessins des bambins, piétiner tous les bons gâteaux que confectionnaient les mamans et les mamies et surtout diviser et séparer les êtres qui s’aimaient. Personne n’avait jamais su d’où sortait ce maudit Malus. Il ressemblait à une sorte de gros poisson furieux, mais il vivait hors de l’eau. Il portait sur sa tête un parasite tout barbouillé que l’on avait surnommé Acidus, car il fournissait à Malus l’acide qui brûlait ses victimes dans d’horribles souffrances. Malus projetait cet acide depuis son œil glauque et le répandait en jets mortels. Il avait une queue qui évoquait un cobra à l’attaque, ou peut-être autre chose ! Tout mutait chez lui, sans cesse. Ses dents rappelaient celles d’un requin, mais un requin ne possède pas deux bras qui s’opposent, l’un vers l’avant, l’autre vers l’arrière, cousus au corps par deux poissons mutants aussi, à crocs de serpents ! Ah la la ! Etrange bazar que ce Malus monté sur de courtes pattes fines qui paraissaient se rompre à chaque pas ! Mais le pire était sa couleur. Un mélange infect de rose et de violet sales et délavés qui donnaient la nausée ! Berrrkkk !
Malus et Colérus jubilaient. Main Noire les avait choisis, eux, pour mener à bien une mission de la plus haute importance : décimer les Poppy et autant de Coloris que possible. Quel pied ! Ils en profiteraient pour saccager cette sale race de tournesols et leurs écœurants pétales jaunes ! Ils préparèrent donc leur départ avec minutie, se gorgèrent de force sombre et d’énergie baveuse, puis propulsèrent leurs corps difformes dans l’espace. Quelques instants plus tard, ils atterrissaient sur Coloris.
A la nuit tombée, les deux terreurs se faufilèrent dans la maisonnée endormie de Poppy Red. Malus avançait plus courbé que jamais et Colérus se disloquait à chaque pas, plus enragé que jamais.
- T’as compris, Col, marmonna Malus de sa voix éraillée, en regardant son frère de travers.
- Ouais, ça va, ronchonna Colérus, j’suis pas idiot.
- Sitôt t’es dans la chambre, sitôt t’aplatis la gazelle et tu rétames le mouflet, radota Malus dans le plus mauvais français que l’on puisse imaginer !
De quoi ! Il osait traiter Poppyline de gazelle à aplatir et Poppynou de mouflet à rétamer ! Ah, le maudit Malus, mauvais, ignorant et sans aucune éducation !
Malus et Colérus montèrent doucement l’escalier. La lune enveloppait de ses reflets d’argent chaque marche, comme pour les guider vers leur destin terrible. Malus pénétra le premier dans la chambre de Poppy Red et s’approcha du lit. Il se pencha en silence vers le joli coquelicot magique. Pour jeter son acide mortel, Malus devait contracter ses cornes noires, respirer profondément puis libérer l’acide. Mais Poppy Red veillait. Il bondit hors du lit, se transforma en arbalète vivante et, ses pétales magiques tendus comme une arbalète, il lâcha des centaines de fléchettes sur Malus. Terrassé, le méchant couinait de douleur !
- Aïe aïe aïe ! Au secours ! Au secours ! Main noire ! Colérus ! A l’aide ! Aïe aïe aïe !!!!
- Voilà, gronda Poppy Red, un juste châtiment pour les méchants de ton espèce !
- Je t’arracherai les pétales un à un, sale fleur mutante, cracha Malus, on se retrouvera…
- Là où tu vas aller, ni Main Noire ni personne ne pourra rien pour toi !
- Main Noire peut tout, vociféra Malus entre deux contorsions. Colérus qui changeait de forme à volonté, se tenait coi. Il ressemblait à une sorte de glaire dégoûtant, tremblant de peur. Mais gueule béante se tenait déjà prête à mordre si nécessaire.
Poppyline arriva ventre à terre dans la chambre, Poppynou dans les bras.
- Où est le frère !
- Poppynou, tu vas bien, mon cœur, demanda Poppy Red.
- Oui, répondit Poppynou, d’une petite voix chancelante.
Soudain, ses petits poings pétales frappant le vide, Poppynou brailla :
- Au secours ! Tigefolle ! Papa et Maman sont en danger ! Tigefolle, à l’aide !
- Tout va bien, rétorqua la voix invisible mais rassurante de Tigefolle. Ne t’inquiète pas. Les méchants sont toujours battus, car le Mal perd toujours.
- Bien fait, piailla Poppynou, en tapant ses petites mains pétales l’une contre l’autre.
- Tu dois être dans la compassion, le reprit Poppyline.
- Il voulu blesser papa, protesta le petit en n’y comprenant plus rien, une fois encore. Marre moi, voilà !
- Poppynou, intervint Poppy Red, maintenant que tu es un grand coquelicot, tu peux appeler tout seul le capitaine Piranha, vas vite, chéri !
- Non, non, s’époumona Malus, pas ce sale traître de poisson ! A l’aide ! Colérus, nom d’un démon, où es-tu ? Lâche ! Minable !
Le capitaine Piranha arriva en trombe, la mine menaçante, les menottes en poche. Deux effroyables piranhas formaient ses mains, toutes dents dehors. Et ses pieds aussi… Piranha semblait toujours prêt à l’attaque et ne perdait jamais…
Courageux, il relevait tous les défis. Surtout depuis qu’il était parti en Virginie, aux Etats-Unis d’Amérique, suivre une formation de profiler au FBI. Il avait ainsi appris à comprendre comment fonctionnait les méchants et donc à mieux les confondre ! Il n’était plus dupe de leurs simagrées ! Le capitaine Bouledogue l’avait entraîné au combat et, à la fin du stage, lui avait offert un costume de police en récompense ! Piranha le portait sur Coloris avec grande fierté. D’ailleurs, dès son retour des Etats-Unis, le capitaine Piranha avait créé sa propre équipe de policiers, compétents et redoutables. Ouf, désormais Coloris combattrait la délinquance avec succès.
- Où se trouvent les lascars, gronda le Capitaine Piranha de sa voix de canon.
- Voici déjà le Malus, dit Poppy Red.
- Ben voyons, encore la clique à Main Noire. Bravo Poppy Red. A peine arrivé, et déjà une sacrée victoire à ton actif, constata Piranha avec admiration.
- Par contre, Colérus reste introuvable, râla Poppyline, déçue.
Comme en réponse, Végétal dégringola dans la pièce, traînant à sa suite un Colérus vociférant.
- Rentre tes quenottes, ou je te les réduits en poudre, prévint Piranha, le regard sévère, le poing déjà à l’attaque. La prison à vie, voilà ce qui vous attend tous les deux, et du boulot à revendre ! Le jour, vous débroussaillerez les forêts, et par tous les temps. Le soir, vous serez absorbés par le ventre de la prison, aucun risque d’évasion, là-bas, sales bestioles !
- La prison a un ventre comme nous ? interrogea Poppynou, abasourdi.
- Oui, mon petit pistil, déclara Piranha, avec satisfaction. Cette prison est vivante, car c’est une chauve-souris vivante, qui a donc l’ouïe fine et ne dort jamais ! Comme les prisonniers vivent en elle, ils ne peuvent en sortir que si elle ouvre sa bouche, tu comprends, mon coquelicotou ! Je t’emmènerai la visiter la prochaine fois, promit Piranha, tu verras ! Tu aimes les fantômes ?
- Oh, oui, s’écria Poppynou, déchaîné.
- Eh bien, les gardes sont des fantômes, des êtres venus d’ailleurs, des sortes de trucs qui volent, tu verras, tu verras, répéta encore Piranha, la mine mystérieuse. Quand tu viendras, je t’expliquerai bien à fond pourquoi nous avons choisi une prison chauve-souris !
- Il n’est pas question d’emmener le petit dans cet antre épouvantable, s’offusqua Poppyline, le nez froncé. Il n’a pas encore cinq ans, enfin !
- Pas d’âge pour former le caractère, décréta Piranha, le ton militaire.
- Veux y aller, moi, dans la chauve-souris, protesta Poppynou, en tapant du pied. Papa a dit que j’étais grand !
- Cela fera l’objet d’une autre histoire, décida Poppy Red. En attendant, au dodo, mon amour !
- En avant, les deux pestes et que ça saute, ordonna Piranha.
Les deux frères, la mine basse, partirent pour la prison.
Une fois couché, Poppynou eut quelques difficultés à trouver le sommeil ! D’abord, il constatait qu’être méchant n’attirait que des ennuis. Et quels ennuis ! Vivre dans une chauve-souris… Sûrement, songea-t-il épouvanté, que les jeux vidéo et les DVD ne devaient pas fonctionner dans ce drôle d’endroit ! Et Tigefolle ! Aurait-elle assez d’espace pour bondir ? Ni lui ni ses parents ne survivraient dans cette bête. En tant que fleurs, ils avaient besoin de lumière et d’eau, même s’ils étaient magiques ! Brrrr ! Décidemment, une maison dans une chauve-souris ne lui convenait pas du tout. Il s’endormit enfin et se rêva en train de survoler la prison, de papoter avec des gardiens fantômes et de traverser la bouche barreaudée de la chauve-souris !
Entre temps, Malus et Colérus, sévèrement gardés par le capitaine Piranha et son équipe, poursuivaient leur sinistre voyage.
Au loin, la prison se profila, sombre et menaçante. Ses immenses yeux rouges les observaient déjà.
- Nous y voilà les matadors ! L’Antre Funeste vous ouvre ses portes!
- L’Antre quoi, bégaya Colérus, terrifié.
- Eh oui, mon joli, voilà le nom de la prison dans laquelle vous allez vivre jusqu’à la fin des temps ! « L’Antre Funeste ».
Malus éclata d’un rire sardonique. Tout à coup, dans son cœur noir comme du goudron, un semblant d’espoir reprenait vie. Il sentait intuitivement que sur le Cône sombre, les représailles contre Coloris se précisaient déjà.
Et qu’ainsi, l’histoire, loin d’être terminée, commençait à peine…